Petite histoire d'un orgue de village
Premiere inauguration
En l'absence de documents d'archives, (devis, factures,...), le seul témoignage dont nous disposons est le compte-rendu d'inauguration ci-dessous :
"Cazouls-Lès-Béziers. - Mercredi 11 juillet 1877, la paroisse de Cazouls etait en fete. Sa population ... était conviée ... à ... la benediction d'un orgue tout récemment installé dans notre église. ... nous ne pouvons nous empêcher de rendre un hommage public de reconnaissance a la maison Puget père et fils, Facteurs d'orgues à Toulouse, pour l'oeuvre vraiment artistique dont elle vient d'enrichir notrc église. ... en peu de temps ils ont construit ou réparé dans le diocèse plus de vingt grandes orgues ... . L'instrument que nous venons d'acquérir rêpond parfaitement à toutes les exigences d'une bonne facture ; il se compose de 17 jeux répartis sur 3 claviers dont un de pédale ; ce qui le distingue ... c'est une grande puissance de sonorité, qui est du meilleur effet dans le vaste vaisseau de notre église. Ce magnifique ensemble n'exclut pas la variété des effets, et laisse à chaque jeu le timbre qui lui est propre et qui répond à sa dénomination; ceux de la boîte expressive surtout se distinguent par la pureté et la finesse des sons. Ajoutons encore que tous les claviers sont complets (1) et que la variété des jeux est augmentée par de nombreuses pédales de combinaison.
Toutes ces ressources ont été habilemcnt exploitées par Ie talent de M. Fourestier, organiste de Sainte Eulalie a Montpellier."
Extrait de : La semaine religieuse du Diocese de Montpellier. 9ème année, 1876/1877, pp. 807-808.
Quelques particularités techniques
La première tribune, suivant l'usage de l'époque, étant reservée aux hommes, pour les offices, la construction d'une deuxième tribune, en bois, a été nécessaire pour recevoir l'orgue, où, faute de place, le buffet sans fond a été scellé dans le mur, et la console placée sur le côté gauche.
La conception du buffet, de style neo-gothique, s'harmonise heureusement à celle de l'autel. Quant à sa couleur, les sondages soigneusement effectués par D. LEBOUCHER ne l'ont pas définie avec certitude. Il est plus que probable que Theodore PUGET ait utilisé certains éléments de "récuperation" transformés pour cet instrument neuf.
Dominique LEBOUCHER note en effet :
"Il a été très intéressant de constater que les sommiers étaient antérieurs a la construction, car nous avons trouvé les traces d'un Cornet au sommier du Grand-Orgue. Le sommier du Récit doit daler de la même époque (Daublaine-Callinet, vers 1850 ?) et PUGET a collé bout à bout deux sommiers pour n'en faire qu'un seul.
La tuyauterie est de très bonne qualité. Certains jeux sont plus anciens que l'orgue lui-même : la Doublette est un ancien Nazard, les Flûtes 8' et 4' du Récit sont probablement composées en partie avec un ancien Salicional."
On note dans les basses un système de soupapes superposées proche de celui inventé par ORELLE pour faciliter le "décollement" des grosses soupapes. Ce système semble avoir été rapidement abandonné : sans doute HUCHER (1919) les a-t-il condamnées et il est à l'honneur de D. LEBOUCHER de les avoir conscencieusement restaurées.
Histoire récente
Notre instrument semble avoir fonctionné tant bien que mal jusque vers 1950. A cette date, nous relevons la trace d'un travail, par deux extraits de "Midi Libre" rédigés par M. ORENGO :
"... Dimanche prochain, 3 fevrier, au cours du Salut Solennel qui sera célébré à 14 heures précises, Monsieur l'Abbé ROUCAIROL, Ie prestigieux organiste de la Cathédrale de Montpellier, interprêtera divers morceaux de musique sacrée sur les grandes orgues, réparées, renovées et électrifiées (2) grâce à l'heureuse initiative de notre Curé Monsieur l'Abbé CABANES dont l'inexorable ténacité a eu raison des difficultés de ses devanciers..." (30 janvier 1952).
"... L'orgue de notre vieil archiprêtré n'avait subi qu'un seul relevage en 1919 par HUCHER avant les travaux effectués en 1950 par Max ETIENNE. Tout récemment la soufflerie fut électrifiée, modification qui, nous est-il apparu, comporte encore une nécessaire mise au point. Ainsi rajeuni, raminé pourrait-on dire, après le demi-sommeil de ces dernières années, l'instrument put faire largement apprécier le moëlleux de ses "fonds" et la clarté de ses anches, le mordant de son timbre et le fulgurant éclat de ses "forte"..." (4 février 1952).
Depuis la fin des années 1960 jusqu'à 1984, il semble que personne ne se soit beaucoup préoccupé de l'orgue. On peut noter que les travaux de ravalement de l'église, sans protection de l'instrument, lui ont été fort préjudiciables. Faute d'un fond en panneaux de bois, des infiltrations d'eau par les vitraux déteriorés endommagérent le toit de l'orgue et le sommier du Récit, cependant que le crépi du mur s'effritait dans les tuyaux de ce clavier.
l'Association des Amis de 1'Orgue de CazouIs-Lès-Béziers
En 1984, sous l'impulsion de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, procédant a l'inventaire des orgues de notre region, se constitue l'Association "les Amis de l'Orgue de Cazouls-lès-Béziers". Son but: "Sauver ce témoin exemplaire, exceptionnellement préservé, de l'art de Theodore PUGET, (...) jugé le meilleur de sa lignée".
En 1989, la commission nationale des orgues non-classés (Ministère de la Culture) examine Ie dossier et, après examen de plusieurs devis, la restauration est confiée a Dominique LEBOUCHER. Celui-ci, comme ses confrères consultés, s'engage à respecter le travail de Théodore PUGET en le restituant dans sa conception originelle.
C'est à ce moment que se pose un problème de taille : il est apparu en effet que, des sa construction, l'orgue n'était pas parfaitement "d'équerre" sur une tribune en bois dont l'instabilité s'était accrue avec le temps. De ce fait le remontage, même sur la tribune inférieure (également en bois), s'avérait imprudent. La Municipalité, consciente de la nécessité d'une assise définitivement stabilisée, vote alors la construction d'une nouvelle tribune. Le travail est confié à l'entreprise GUY de Cazouls-lès-Béziers, qui s'en acquitte à la satisfaction générale.
Les travaux sur l'instrument débutent en octobre 1990. L'instrument est entièrement démonté et le Facteur peut travailler au village, dans une salle de l'ancien abattoir, gracieusement mise à sa disposition par la Commune.
Cet orgue, avec sa mécanique compliquée, est un instrument fragile qui demandera un entretien attentif. Intéressant témoin de la facture "symphonique", il est riche en jeux d'anches est répond à l'ideal d'"expressivité" de son époque.


Restauration 2010
Restorée par :
Manufacture Languedocienne de Grandes Orgue, 34700 Lodève